Conte d'Inde
13/01/2014 16:44 par francettedenbas
L'arbre
" Dans un pays aride fut autrefois un arbre prodigieux. Sur la plaine on ne voyait que lui, largement déployé entre les blés malinbres et le vaste ciel bleu. Personne ne savait son âge. On disait qu'il était aussi vieux que la Terre. Des femmes stériles venaient parfois le supplier de les rendre fécondes, des hommes en secret cherchaient auprès de lui des réponses à des questions inexprimables et les loups lui parlaient, certaines nuits sans lune, mais personne jamais ne goûtait à ses fruits.
Ils étaient pourtant magnifiques, si luisants et dorés le long de ses branches maitresses pareilles à deux bras offerts dans le feuillage qu'ils attiraient les mains et les bouches des enfants ignorants. Eux seuls savaient les désirer. On leur apprenait alors l'étrange et vieille vérité. La moitié de ses fruits était empoisonnée. Or tous, bons ou mauvais, étaient d'aspect semblable. Des deux branches ouvertes en haut du tronc énorme l'une portait la mort, l'autre portait la vie, mais on ne savait laquelle nourrissait et laquelle tuait. Et donc on regardait, mais on ne touchait pas.
Vint un été très chaud, puis un automne sec, puis un hiver glacia. Neige et vent emportèrent les granges et les toits des bergeries. Les givres du printemps brûlèrent les bourgeons, et la famine envahit le pays Seul sur la plaine l'arbre demeura imperturbable. Aucun de ses fruits n'avait péri. Malgré les froidures, ils étaient restés en aussi grand nombre que les étoiles du ciel. Les gens, voyant ce vieux père solitaire miraculeusement rescapé des bourrasques, s'approchèrent de lui, indécis et craintifs. Ils interrogèrent son feuillage. Ils n'en eurent pas de réponse. Ils se dirent alors qu'il leur fallait choisir entre le risque de tomber foudroyés, s'ils gûtaient aux merveilles dorées qui luisaient parmi les feuilles, et la certitude de mourir de faim, s'ils n'y goûtaient pas.
Comme ils se laissaient aller en discussions confuses, un homme dont le fils ne vivait plus qu'à peine osa soudain s'avancer d'un pas ferme. Sousla branche de droite il fit halte, cueillit un fruit, ferma les yeux, le croqua et resta debout, le souffle bienheureux. Alors tous à sa suite se bousculèrent et se gorgèrent délicieusement des fruits sains de la branche de droite qui repoussèrent aussitôt, à peine cueillis, parmi les verdures bruissantes. Les hommes s'en réjouirent infiniment Huit jours durant ils festoyèrent, riant de leurs effrois passés.
Ils savaient désormais où étaient les rejetons malfaisants de cet arbre: sur la branche de gauche. Ils la regardèrent d'abord d'un air de défi, puis leur vint une rancune haineuse. A cause de la peur qu'ils avaient eu d'elle ils avaient failli mourir de faim. Ils la jugèrent bientôt autant inutile que dangereuse. Un enfant étourdi pouvait un jour se prendre à ses fruits pervers que rien ne distinguait des bons. Ils décidèrent donc de la couper au ras du tronc, ce qu'ils firent avec une joie vengeresse.
Le lendemain, tous les bons fruits de la branche de droite étaient tombés et pourrissaient dans la poussière. L'arbre amputé de sa moitié empoisonnée n'offrait plus au grand soleil qu'un feuillage racorni. Son écorce avait noirci. Les oiseaux l'avaient fui. Il était mort."
(Gougaud - L'arbre d'amour et de sagesse)
A pas comptés
10/01/2014 18:21 par francettedenbas
Mes pas de côté ne sont jamais bien longs, Lucky, que ce soit sur vip ou dans la vie quotidienne, je ne tarde pas à revenir mettre mon grain de sel, sachant que même un tout petit écho, souvent silencieux, c'est toujours ça. Moi aussi, Thédoux, je souhaiterais que la société française devienne plus sereine, plus amicale, et je sais aussi que c'est un rêve. Quoi que...je vois que les SEL se multiplient, redonnant un sens à l'échange, en dehors de l'argent; et de plus en plus je vois des échanges sans échange, on donne ce que l'on ne veut plus sans rien "gagner" en retour. C'est encore minoritaire, mais ce sont les minorités qui sont actives. Oui Omillou, écrire est important pour soi, je le fais presque tous les jours, mais comme c'est pour moi, ce n'est pas sur un blog. Et c'est ce blog qui m'énerve, que je quitte et que je retrouve, parce qu'effectivement on y trouve de bonnes surprises et des semblant d'amitiés. Dans les bonnes surprises, il y a Najoua, un roman de Précis de littérature, que je lis en ce moment. Je m'y promène dans les espoirs et les désespoirs, les tentatives et les échecs, les bonheurs et les révoltes d'une jeune fille née en France, mais d'origine maghrébine, ce qui complique à l'envi les difficultés de tout jeune à trouver ce qu'il est. Et je pense aux rejets et aux insultes qu'a subies cette blogueuse, y compris sur mon blog, simplement parce qu'elle est femme, d'origine maghrébine et s'avoue musulmane. Trois fautes impardonnables, aggravées par le fait qu'elle est de surcroît intelligente et cultivée. Les divagations des trois religions monothéistes m'indisposent, et je m'énerve de les retrouver dans les blogs, d'autant que je sais que la majorité des imprécateurs ne savent même pas pourquoi ils sont antisémites, racistes, machistes, sinon pour perpétuer une tradition dont ils ne connaissent pas les origines. J'aimerais une société agnostique...pfff...alors là ce n'est plus du rêve, c'est du délire!
A petits pas
31/12/2013 11:09 par francettedenbas
En ce jour d'analyse, force est de constater que ce n'est sans doute pas mon truc, la communication par blog. Entre les sarcasmes des uns et le silence des autres, le mien s'assoupit, signe sans doute qu'il veut s'endormir. Internet permet de matérialiser l'esprit collectif, d'une certaine façon. Avec ses émotions, vite ressenties et vite oubliées, ses désirs de partage et ses élans d'égoïsme, ses sincérités et ses perversités, ses vérités et ses mensonges, etc. Chacun y met et y prend ce qu'il veut, ce qu'il peut, chacun se s'approprie comme un élément du réel, ou l'utilise comme un défouloir. J'ai toutes ces pratiques paradoxales. Peut-être devrais-je les éclaircir, peut-être, je ne sais pas. Me contenter de vous lire sans rien dire, ce que j'ai fait il y a peu de temps, je sais, sans entrevoir d'amélioration.
Arrêter pour l'instant d'étaler des banalités sans intérêt. Rester en retrait en attendant la retraite. Je vous souhaite une bonne fin d'année.
Conte de Perse
29/12/2013 18:40 par francettedenbas
La fourmi amoureuse
" Le roi Salomon, cheminant un jour par les sentiers du désert, rencontra une fourmilière. Toutes les fourmis aussitôt vinrent à lui pour saluer l'empreinte de ses pas. Une seule ne se soucia pas de sa présence. Elle resta devant son trou, occupée à un labeur apparemment infini. Salomon l'aperçut à l'écart de ses compagnes. Il se pencha sur son corps minuscule et lui dit:
- Que fais-tu donc, bête menue?
La fourmi lui répondit, sans se laisser distraire autrement de son travail:
- Vois, roi des rois, un grain après l'autre je déplace ce tas de sable.
- O fourmi généreuse, lui dit Salomon, n' est-ce point là un labeur exagéré pour tes faibles forces? Ce tas de sable te dépasse de si haut que tes yeux ne sauraient en voir la cime. Aurais-tu la longévité de Mathusalem et la patience de Job, tu ne pourrais espérer l'effacer de ta route.
- O grand roi, lui répondit la fourmi, c'est pour l'amour de ma bien-aimée que je travaille ainsi. Cet obstacle me sépare d'elle. Rien ne pourra donc me distraire de son effacement. Et si à cette oeuvre j'use toutes mes forces, au moins je mourrai dans l'étrange et bienheureuse folie de l'espérance.
Ainsi parla la fourmi. Ainsi le roi Salomon découvrit, sur le sentier du désert, le feu de l'amour véritable."
( H.Gougaud - L'arbre d'amour et de sagesse)
Naissance, éveil et réveillons-nous
24/12/2013 15:15 par francettedenbas
Même si nous savons que c'est faux, tout ça, que la fête a été récupérée pour coïncider avec des religions plus anciennes, même si nous n'avons pas de religion, même si nous nous énervons devant le débéllage consumériste, Noël éveille toujours quelques émotions en nous, bonnes ou mauvaises, bonnes et mauvaises. Aujourd'hui il fait chaud, le vent souffle, certains passeront la soirée dans le noir, d'autres à pomper l'eau, d'autres à la rue, d'autres dans la guerre. Pour ceux qui seront ttanquillement à l'abri, les pensées vagabonderont sans doute entre hier et demain. Je souhaite une heureuse soirée à tous ceux qui ont encore la chance de la passer avec ceux qu'ils aiment. Et aux autres de ne pas désespérer ni devenir cyniques, edemain sera un autre jour. Amitiés à ceux qui me lisent.
Gènes et gênes
22/12/2013 18:02 par francettedenbas
Heureuse hier soir d'abandonner le crayon pour écouter Jean-François Matteï, généticien, évoquer son chemin . Lui et Axel Kahn m'ont réconcilié avec les généticiens, honnis du temps de mes études, fort lointaines. En ce temps-là, ils avaient la grosse tête. Depuis qu'ils avaient découvert l'ADN (qu'il fallait écrire avec toutes les lettres sur les copies, ça tenait une ligne) ils étaient persuadés qu'ils allaient tout comprendre de 'humain, tout prévoir, tout modifier et corriger. Il y avait bien quelques ombres au tableau, comme Hitler ou Staline, ou quelques chercheurs escrocs et leurs études imaginaires, mais ils s'en moquaient, allaient balayer tout çz, et oeuvrer pour le bien de l'humanité, un bien qui nous faisait penser à Orwell. Quarante ans plus tard, le langage est autre l'humain ne peut se réduire à ses gènes, ni même à son corps. C'est un tout, fait de corps mais surtout d'émotions, de pensée et d'histoire. J'ai entendu Mattei dire hier soir que ce qui fait l'humain est en dehors de son corps, et je suis bien de cet zvis. Quarante ans après, l'ADN sert surtout à ficher les hommes. Les recherches sur les maladies génétiques continuent, et Mattei s'interroge sur leur devenir. Pour le moment, ce que j'en vois c'est surtout la tendance à supprimer avant naissance ceux qui ont des gènes malfoutus. De quel droit et qui décide? Généticiens ou psy, si on veut continuer dans l'idée de soigner l'humain qui est mal, quelles qu'en soient les raisons, il faut aussi faire de la politique. De la politique citoyenne, j'entends. Le dernier livre de Mattei, écrit avec Nizan, "Où va l'humanité", est tout petit, pas cher, et se lit très facilement.
Pause
12/12/2013 22:52 par francettedenbas
Impression que mon blog sert à attiser l'agressivité, ce qui n'est pas mon but, il y en a assez à désamorcer ou à affronter dans la vie quotidienne, où on peut au moins se regarder en face. Mais je continuerai à venir vous lire, ce que je fais régulièrement même si je n'ai pas toujours l'énergie de vous laisser un mot (ce n'est pas une excuse, mais mes derniers mois d'activité me vident tous les jours, il y a encore tant à faire). A bientôt j'espère, quand l'humour reviendra.
Notre jeunesse fout le camp...
12/12/2013 13:19 par francettedenbas
C'est pas vraiment un scoop, nous avons déjà enterré tant de proches, tant d'amis, tant de modèles, d'initiateurs et d'artistes...Jean-Louis Foulquier, un coup en plus. Même si on ne l'entendait plus guère, il n'avait plus d'émissions et ne dirigeait plus les franco, c'était une sorte d'ombre tutéllaire, dont j'étais contente de retrouver parfois le bon rire au cours d'une interview. Tant de soirées de découvertes de nouveaux chanteurs, de joie de vivre, de plaisanterie, de complicité, de franchise, de non conformisme et de rire encore... Cette ambiance particulière qui ne reviendra plus. A l'hommage qui lui a été rendu toute la soirée d'hier, par les chanteurs que j'aime, j'ai réalisé pourquoi tant d'artistes le remerciaient, c'était lui qui leur avait offert leur première émission, les avait encouragés, accompagnés.
Je ne serai pas au cimetière de Montmartre (chez moi) samedi, avec un verre et une bouteille comme nous y sommes invités, mais je trinquerai...
Au revoir l'Africain
10/12/2013 13:11 par francettedenbas
Au revoir et bonne route à toi, Mandela, que la fête soit belle pour accompagner ton départ. On a entendu depuis quelques jours un grandiose choeur des pleureuses en occident, de quoi rêver si on n'avait pas fini par apprendre que les grands militants sont souvent encensés, après leur mort, par ceux qui les pourchassaient pendant la lutte. Une splendeur d'hypocrisie pour faire croire à ceux qui restent sur Terre (à terre?) que "vous voyez bien, on n'est pas si ennemis que ça, ses valeurs on les défend auss"i. Avec humour quand cette défense consistait à le garder en prison, à le traiter de terroriste, ainsi que ceux qui réclamaient sa libération (communistes, guevaristes,...). Le but est de transformer le militant (actif) en saint (à admirer...sans imiter).
On parle du "dernier homme" de cette grandeur. Ils espèrent que c'est le dernier.
Nous pouvons l'admirer, militants de France qui n'avons rien risqué d'autre que de ne pas faire carrière, nous pouvons le remercier, mais même si nous ne pouvons nous comparer, n'oublions pas qu'avec tout révolutionnaire il y a un parti, ces petites mains que nous sommes, et que la lutte est toujours à continuer.
Oh que les gens sont méchants...
30/11/2013 17:09 par francettedenbas
Je vous mes copines de blog, si l'on peut dire ainsi, se plaindre des propos malfaisants sur certains blogs. Eh bien vous répondrai-je, vous n'êtes pas obligées d'y aller. Quoique sur certains blogs amis, des fois c'est limite et il faut recadrer. Quelle idée de penser que derrière l'anonymat d'un écran les gens seraient meilleurs qu'en face à face? La critique crétine, le racisme, l'esprit de clocher, la jalousie, et de façon générale la malveillance, sont des valeurs humaines largement répandues. Relisez Balzac '(c'est lui qui quand j'étais gosse m'a aidée à comprendre le village où j'étais tombée), Zola, pensez aux comiques, aux chansonniers, à des tas de films et de livres, même la bible si vous voulez, pour vous rappeler la triste condition humaine. Mieux vaut en rire, comme vous savez aussi si bien le faire, et tenter de changer autour de nous, à tout petits pas. Sans se cacher ou se calfeutrer. Bon week-end.
