J'en peux plus....

06/11/2014 16:31 par francettedenbas

Je n'en peux plus des normes...J'ai longtemps combattu l'excès de normes qui nous sont imposées au travail et nous empêchent de faire notre métier. Heureuse retraitée, j'en suis libérée. Mais je ne supporte pas non plus les normes de langage, les normes de santé, les normes de consensus,...Je me suis débarrassée de la TV il y a quelques années, sans regrets. Avec regrets, je ne consulte plus beaucoup de journaux, propriétés de grands financiers et/ou de marchands d'armes, qui répètent et "nous expliquent" le discours officiel ou ce que disent les fameux "réseaux sociaux" (encore une norme: répéter les potins). J'écoute encore la radio, avec l'espoir d'être informée. Mais comme dans les soins, la parole qui compte est souvent émise entre deux portes, à la radion on glane (parfois) une information entre une grose rigolade (distraire les masses) et une leçon de morale. Que me dit la radio aujourd'hui? Rien. Depuis hier (5/11) un bout de phrase prononcée par un entraîneur de jeu de ballon à propos des joueurs noirs. Il dit qu'il faut aussi de la technique et de l'intelligence. D'où on conclut qu'il dit que les noirs ne sont pas intelligent, que donc il est raciste, et les associations "montent au créneau" (quel créneau?), et les journalistes sont contents contents. Si cet homme est raciste, c'est peut-être lui qui manque d'intelligence. Soit. Mais je suppose que cette phrase se situait dans un discours, ou une discussion, qu'il serait bon de connaître pour comrendre. En sortant des mots de leur contexte, on peut accuser n'importe qui de n'importe quoi. Ce qui se fait tous les jours, sous prétexte d'être politiquement hygiénique, et j'en ai marre.

Autres normes de langage qui m'agacent: de nouveaux mots pour remplacer les autres. Le langage est vivant, d'accord, mais il pourrait vivre en s'enrichissant, en se précisant, en se poétisant. Je crois le contraire. Exemple: "grande dépendance", qui englobe les "seniors" et les "personnes en situation de handicap", termes qui ont eux-mêmes remplacé "vieux" et "handicapé" qui seraient péjoratifs (et pourquoi????). Ces deux noms ringards sont déjà vagues, mais on a tous une image, tronquée et subjective, de la vieillesse et du handicap. Parce qu'on est des humains, on vieillit, on a un handicap ou on peut en avoir. C'est notre vie. Mais "grande dépendance", ça vous évoque quoi? Nos gouvernants reliftés délient les mots pour délier les idées. Et on se laisse prendre aux discours soporifiques dont le sens nous échappe . Alors que souvent le sens y est, et il est même contre nous.

Et pendant ce temps...Pendant ce temps, on tire sur nos enfants qui ont compris qu'il nous fallait vivre autrement si on veut qu'ils survivent et Valls commente que "la justice doit passer". Et pendant ce temps, la poste, l'éducation nationale, la santé, partent en vrille. Et pendant ce temps on va vers la privatisation des trains, de l'énergie (soit , sous le couvert de "loi de transition énergétique", un comble!, la fin de la distribution publique du gaz et de l'électricité dans toute la France), et bientôt vers la privatisation de tout. Lisez la base des négociations pour le Grand Marché Transatlantique, qui ont lieu sans que le peuples ni leurs élus n'en soient informés (mais les gouvernements y participent). C'est moins excitant que les petites phrases de Tartempion, mais c'est NOTRE VIE;

pilier national

19/10/2014 19:27 par francettedenbas

Bien amusée à écouter les croassements de Xavier Bertrand sur France Inter. Envolée contrela diminution ( douce) des alloc pour les revenus inférieurs à 6OOO euros (en-dessous, on est pauvre, se révoltait l'autre jour une responsable d'assoc de défense des familles nombreuses, " ça devient une aide pour les pauvres"): on détruit le "socle de la famille", clamait-il. Parfois, ils disent ce qu'ils pensent, candidement. Le socle de la famille bourgeoise n'est pas constitué de relations, d'éducation, d'affects, de solidarité, le socle de la famlle, c'est le fric. Bon. Plus j'avance, plus je me dis que l'invention de la famille patriarcale n'était peut-être pas une bonne idée, je développerai ça un autre jour. XB défendait cette "révolution" quand il était lui-même au pouvoir. Les débats politiques se réduisent maintenant à critiquer ce que font les adversaires, vivement qu'on réinvente la démocratie. Tout ça est risible, et très grave en même temps.

Je continue cette note, que j'ai interrompue quelques heures pour écouter une émission en direct sur Mediapart: contre la corruption, contre cette oligarchie qui fait des lois pour elle et des devoirs pour nous. Mediapart était gratuit pour cette occasion. J'en tire beaucoup d'espoir et d'énergie, comme du débat avec Edwy Plenel auquel j'ai assisté hiet à Vichy. Je parlais de démocratie tout à l'heure, et je crois que nous y arriverons, car de plus en plus de citoyens la désirent.

Bon, revenons à nos moutons, à la famille. La proportionnalité des alloc est l'une des seules mesures correctes prises par ce gouvernement. Donner la même somme à tout le monde m'a paru toujours saugrenu. Quoique, si on donnait aussi le même salaire à tout le monde, ce serait juste, mais aucune mesure de ce genre n'est envisagée à ma connaissance. On nous évoque, des sanglots dans la voix, la protection de l'ENFANT. Mais alors, pourquoi pas le premier enfant? Et à peine le deuxième? La manière dont sont calculées les alloc est faite pour encourager les familles nombreuses, pas pour protéger l'enfant. Sinon, au lieu d'êtrebe progressives, elles seraient régressives, la somme allouée par enfant diminuerait avec l'étalement de la fratrie: beaucoup pour le premier, moins pour le second, etc. Parce que les dépenses d'un foyer n'augmentent pas proportionnellement à sa taille, c'est même le contraire.Le comble, entendu (bizarre, je n'ai entendu que des interventions de responsables contre cette mesure!) dire que c'était trahir le CNR! La défense du CNR, je suis pour, mais alors ttalement, alors que ce que l'on nous rabat à longueur de journée, c'est qu'il faut le détruire! Je n'en peux plus de ces discours vides de sens, qui se modifient d'un instant à l'autre pour ne faire que défendre les intérêts d'une seule classe sociale! Et heureusement, je ne suis pas la seule à n'en plus pouvoir.

Le temps du temps

12/10/2014 15:53 par francettedenbas

Eh bien me voilà dans la classe improductive des vieux. Je suis à la retraite depuis une semaine, sortie du temps broullé à faire 36 choses en même temps . Toute liberté pour écrire quand ça vient, même si je reste en pyjama jusqu'à midi ou ne me couche qu'à quatre heures du matin, ça n'a plusd'importance. Le temps aussi de m'engager réellement, sans me contenter d'aller à une réunion par ci par là. Quelle jouissance! J'ai commencé par une orgie de films, dont deux doc vus au FIFI, et vous pouvez les retrouver en tapant les titres sur vos claviers. "Ne vivons plus comme des esclaves" vient de Grèce, où commence à s'organiser une vie hors libéralisme, avec reprise de la production par ceux qui la font, échanges de biens et de savoirs, gratuité, etc. La Grèce est un laboratoire pour les pouvoirs financiers, comment mettre un pays à bas sans guerre armée; elle peut être un modèle pour les habitants des pays visés, qui n'en deviennent pas forcément esclaves. Bref, un modèle pour nous. "La voix du vent" est un voyage en Espagne, à travers les alternatives respectueuses de la Terre qui nous fait vivre. Deux films qui permettent de respirer, dans ce pays France où  l'on veut nous faire croire qu'à l'impérialisme économique la seule alternative est le fascisme.

Bonjour à vous toutes qui me lisez, après ma semaine de vacances, je vais me mettre sérieusement au travail, chez moi, user au mieux le temps qu'il me reste à passer dans cette vie là. Une pensée pour Alain, qui aurait aimé passer l'été et ne s'en aller que maintenant, quand reviennent la pluie, le ciel gris et la nuit. Une pensée pour le mari de Thedoux, parti trois jours après Alain. Et pour  mon amie Charlotte, sortie de l'enfermement mental où l'avait plongé cet accident il y a trois ans. Une autre encore pour ma jeune collègue crashée au Mali. Sale printemps que celui de cette année! Raison de plus pour se battre, nous qui restons!

Roulements de tambours

22/08/2014 15:08 par francettedenbas

Longtemps absente de ce blog: quand mon état de surmenage a cessé, tous les morts de l'année ont débarqué chez moi, six amis et amies et je viens de passer quelques semaines avec eux. Ils ont rejoint les milliers de morts dans les guerres actuelles, sans compter ceux qui meurent en fuyant la guerre, la famine ou la montée des eaux de notre si belle civilisation. Les préparatifs de la troisième guerre mondiale, qui mijotent depuis quelques années, semblent s'accélérer, même si nos puissances semblent hésiter entre les prétextes: guerre coloniale? guerre religieuse? Quel que soit le prétexte, ce sera une guerre contre les peuples, et on nous conditionne de toutes les façons possibles: avalanche de commémorations, célébrations, articles, magazines, livres, pour réveiller nos "instincts guerriers". Je suis en Auvergne et le journal local fait ce qu'il peut, y compris pour réhabiliter Pétain.

Bien sûr, pas de débats sur le sujet, c'est tabou. Et ce ne sont pas nos tristes média qui vont le lever. Moi qui aimais lire la presse, je ne trouve plus rien et n'achète même plus, tous suivent l'idéologie officielle (la croissance, le sport, les faits divers et a morale). J'écoutais France Inter, mais la nouvelle direction est dans le moule : Mermet viré, grand nettoyage, auto-publicité idiote, et on fait du neuf en reprenant des vieux bien conformes. Restent quelques journaux mensuels qui survivent comme ils peuvent.

Alors voilà, il ne reste qu'à compter sur soi, la réflexion et la discussion. Ne lâchons rien. Bon courage

Schizo

16/07/2014 19:52 par francettedenbas

Naître schizo en France à la fin du 20è siècle, ce n'est vraiment pas de chance. En d'autres temps, en d'autres lieux, on pourrait passer pour un prophète, un guérisseur, un chaman, au minimum on pourrait être accepté. J'ai une grande compassion pour ces personalités décalées, et peut-être une certaine complicité, même si parfois je déteste celui qui me renvoie ce que je ne veux pas voir en moi. Tous ceux que j'ai connus ont des perceptions que tout le monde n'a pas. En particulier des capacités télépzthiques qui mettent mal à l'aise l'entourage et les thérapeutes. Et d'autres réceptivités encore. Leur malheur est d'en parler, de ne pas comprendre qu'il vaut mieux les taire, dans cette société là, de ne pas arriver à faire la distinction entre le monde réel, celui que l'on voit et que l'on touche selon les idées des vieux esprits se croyant rationalistes. Aussitôt ils sont taxés d'étrangeté, de délire, de folie. A partir de là, comment partager, comment faire avec? On parle de maladie mentale, et une maladie, dans un monde moderne, ça se soigne, n'est-ce pas? Ou ça s'enferme. Oui, lesschizophrènes souffrent, l'écart entre eux et les autres est trop grand, et devient parfois si grand qu'il en est infranchissable. Ne s'en tirent que ceux qui arrivent à trouver des fenêtres entre eux et les autres, par la création souvent. Mais ce n'est pas donné à tous.

Jean Oury nous a quittés il y a quelques semaines, merci à lui d'avoir tenu le cap jusqu'au bout, d'avoir résisté, de nous avoir emplis de mots et de pensées. Merci à J. Hochmann, au professeur Delion, à Fernand Oury, à Tosquelles, et à tant d'autres qui nous ont aidés à voir autrement, à accepter autrement, à soigner autrement. Merci à ceux qui résistent encore, même si leurs voix n'ont pas l'audience des lobbys, des labo et de la DSM. Que continuent à vivre les minorités actives, que subsiste encore la la vie, avec ses émotions, ses interrogations sans réponse, ses différences, ses plongées dans le sombre et ses ascensions dans la lumière que subsiste le mouvement! Au faîte de ma vie de terre, je suis triste de voir ce choix de société qui consiste à nous abêtir, nous avilir et nous détruire, semer la mort sur la planète. Mais je crois que de nos cendres la vie renaîtra.

La haine ordinaire

25/06/2014 06:54 par francettedenbas

Sur l'ordi de mon job, mieux protégé que le mien perso, l'icône d'Yvon Louvain n'a pas de prise, je peux lire ses commentaires et ceux qui ont suivi, sur le blog de bipolaire ou sur le mien. Je peux même aller sur le blog d'Yvon Louvain, critique tout terrain. Rose et lui ricanent des "pleureuses de Bipolaire". Remettons les choses en place. Ce n'est pas Bipolaire qui est pleuré, mais Alain. Je ne sais toujours pas si j'ai eu raison de faire connaître sa mort (et donc celle de Bipolaire) sur son blog, je pense que oui, je m'adressais surtout à ceux qui le connaissaient "en vrai" ou aux blogueurs qui avaient sympathisé avec lui. Evidemment, je ne devrais pas être étonnée que des esprits maveillants, les mêmes qui envahissaient son blog et s'efforçaient, réussissaient souvent, d'en chasser les autres, se réjouissent ! Souhaitons-leur d'enterrer leurs proches en ricanant de même.

J'ai ouvert vip, ce matin, pour y déposer quelques lignes, mais voir cette méchanceté qui s'abrite dans l'anonymat d'internet,m'attriste, je crois que je vais en rester éloignée encore quelque temps.

Quizz politique

04/06/2014 20:44 par francettedenbas

1- Je réclame " la construction d"une Europe politique, économique et militaire" dans une intervention qui "se termina aux accents de l'Ode à la joie de la IXè symphonie de Beethoven", l'hymne européen, je veux lier l'indépendance de notre pays "à celle de l'Europe et de l'Occident", je suis, je suis...

A- Jacques Delors (PS)

B- Nicolas Sarkozy (RPR)

C-Jean-Marie Le Pen (FN)

D- François Bayrou (UDF)

2 - Je demande l'abrogation de l'autorisation administrative de licenciement parce qu'il est de notre "devoir" er de "notre intérêt, de respecter le droit des actionnaires", ces "pauvres actionnaires malmenés", menacés "enclore de textes contraignants sur lesquels ils n'ont aucun contrôle". Je veux redonner "la confiance aux investisseurs" parce que, c'est bien connu, sans "investissement, il n'y aura pas d'emplois", je suis...

A - François Porteu de la Morendière (FN)

B- Valéry Giscard d'Estaing (UDF)

C- Yvon Gattaz (Medef)

D- Serge Dassault (RPR)

3 - "Nous approuvons pleinement les principes d'une privatisation de grande envergure comme celle que vous nous proposez.Que l'Etat se consacre d'abord à ses missions premières et que l'Economie redevienne l'apanage de la société civile!". Quel député de l'Assemblée nationale délivrait cette tirade?

A-Raymond Barre (UDF)

B-Patrick Devedjian (RPR)

C-Bruno Mégret (FN)

D-François Périgot (Medef)

4- "Produire français.Nous importons 50% de ce que nous consommons, c'est trop...La France doit se défendre contre la pénétration des firmes étrangères".Une idée de...

A-François Bayrou (Modem)

B-Arnaud Montebourg (PS)

C-André Lajoinie (PC)

D-Martine le Pen (FN)

5- Qui réclamait en 2004 "la suppression de l'impôt sur les revenus", une "grande réforme fiscale allégeant de 350 milliards de francs le fardeau des impôts, taxes et cotisations étouffant nos entreprises"?

A- Patrick Balkany (UMP)

B-Marine le Pen (FN)

C-Laurence Parisot (Medef)

Jean-Louis Borloo (UDI)

 

Réponses: 1 C - 2 A - 3 C - 4 C - 5 B

( Piqué dans Fakir)

 

 

 

Entre soi et soie

02/06/2014 14:32 par francettedenbas

Un excellent article de François Ruffin sur Fakir de juin. Questionnements , pourqu oi le mouvement des Goodyer d'Amiens n'a -t-il  pas été relayé par la population? Curieux jour où les Goodyears, seuls, défilent et croisent une autre manif, soutenue par la Cgt, les étudiants, plusieurs organisations. Se saluent et ne se suivent pas. A Amiens, les ouvriers n'habitent plus la ville, ni même les quartiers "populaires" (anciens quartiers ouvriers), ni même les communes périàphériques. La plupart se sont retirés dans es villages, sans doute plus accessibles financièrement. Je constate le ^même phénomène en Auvergne, des villages s'agrandissent, d'autres naissent brusquement, les quartiers ouvriers (anciennes cités Michelin) sont habités maintenant par des fonctionnaires, commerççants, cadres moyens, les cités adjacentes sont happés par des cadres de polus haut niveau. A Amiens, comme ailleurs, on ne rencontre plus les ouvriers en allant acheter son pain, ni au bistrot, on ne se parle plus, on est entre soi. A Amiens comme ailleurs, les ouvriers ne sont plus représentés à la mairie, monopolisée par des universitaires, des diplômés d'études politiques, des cadres de marketing, des enseignants. On ne se déteste pas, on s'ignore, les intérêts des uns et des autres semblent divergents, les syndicats ne pensent plus et ne montrent pas comment ces intérêts sont convergents et peuvent s'associer. C'est le domaine de l'entre soi, tendance naturelle de l'humain civilisé, exploité par ceux qui nous gouvernent et construisent des cases géographiques, des frontières invisibles. J'ai écrit un jour une nouvelle où la ville était entourée de vraies frontières, interdites au peuple. J'ai appris par la suite que commencent à se créer dans les villes des quartiers fermés par des barrières, que seuls les argentés propriétaires peuvent ouvrir. Je me suis moi-même réfugiée dans un village de campagne, et j'y rencontre...peu de paysans, mais braucoup d'ouvriers. La ville devient abstraite, on y va pour bosser ou pour des occasions exceptionnelles. Comment s'étonner que ceux qui en ont été exclus se retournent contre ceux qui peuvent y demeurer? Diviser pour régner, la tactique est toujours efficiente, le fn en profite. Est-ce cela que nous voulons?

Sauvages

30/05/2014 16:53 par francettedenbas

Cette semaine, j'ai pris un auto-stoppeur dans la montagne. Une cinquantaine d'années, mais quand il y a des stoppeurs sur nos routes provinciales, ils sont âgés. A croire que les jeunes se déplacent par téléportation, ou soient assez riches pour avoir une voiture, ou ne se déplacent plus du tout (ce que je crains). Celui-là se rendait dans la ville où je travaille, où il dispose d'un ancien local commercial. Il me dit son intenition d'y faire un café-lecture, rencontres, expo, etc, bref ce qui se fait dans un café -lecture.Nous en avons discuté, et au boulot j'ai parlé de cette idée sympa à mes collègues, âgés d'une trentaine d'années et vivant en ce lieu où ils se plaignent qu'il n'y a rien. Au lieu d'avoir des réactions à cette perpective, j'ai vu des regards étonnés et entendu :"quoi, vous prenez des stoppeurs?" On aurait pu croire que je me vantais de faire passer une frontière à des clandestins! Ce que peut-être ils vivaient un peu comme ça! Je me suis rappelé de ce couple d'une vingtaine d'années, trouvé un jour dans le garage de mon village qui était venu les remorquer depuis l'autoroute où ils avaient panné. Ils étaient prêts à reprendre la route mais ne savaient pas où elle était. L'explication qui leur fut donnée les a terrifiés: il fallait faire une soixantgaine de kilomètres de route départelmentale, à travers villages et forêts, pour se rapprocher de la grande banlieue rassurante. Il faisait beau, c'était l'été en milieu de journée, décidément non, ce n'était pas possible, ils ont préféré faire demi-tour pour retrouver l'autoroute plus vite, même si ça rallongeait beaucoup.

Je suis perplexe. On me traite parfois de sauvage, parce que je crois que l'on peut encore se battre pour que la société change de finalité, par exemple utilise de nouveau le verbe être et abandonne un peu le verbe avoir. Parce que je crois que nous sommes dans un pays assez riche pour faire manger tout le monde. Parce que je ne trouve pas normal que l'on laisse des migrants se noyer dans la mer, ou s'étouffer dans des camions, ou se faire écraser par le car où ils s'accrochent, sans que ça n'émeuve personne. Parce que je ne trouve pas normal qu'avant une élection comme les européennes, personne ne se donne la peine d'expliquer à quoi ça sert.

Mais la sauvagerie, n'est-ce pas le refus de l'autre? Et quand on a peur de faire du stop, ou peur de prendre un auto-stoppeur, ou peur de traverser un village, tout cela dans un même pays, est-ce qu'on ne revient pas à la vie de clan? Suffirait de remplacer le maison bouygues par une caverne et la zappeuse par un gourdin pour avoir la vie sauvage telle qu'on la caricaturait à l'école. Quand  la vie sociale disparait, où place-t-on les frontières de l'étranger?

 

Pour Instant présent

28/05/2014 18:58 par francettedenbas

Quel plaisir de vous retrouver, on s'étiole en votre absence. Mais j'ai oublié la clé!...