Un jour bleu

10/10/2012 07:41 par francettedenbas

Les dimanches se suivent et ne se ressemblent pas, celui-là fut de rencontres apaisantes. Amusée de retrouver un vieil ami, qui par d'autres chemins était arrivé à la même conviction que moi: il faut qu'une civilisation aille jusqu'au bout de sa déroute avant de s'effacer et de laisser la place. Ainsi irons-nous, tels des réfugiés dans un désert caillouteux, jusqu'au bout de la civilisation judéo-capitalo-chrétienne. On aurait rêvé de vieillir autrement! Rencontre aussi d'une femme qui lutte contra la violence. Elle m'a dit avoir été marquée, quand elle était petite, par les attentats qui avaient lieu à Paris, dans les années 90, et se félicitait des mesures anti-terroristes, efficaces depuis. "On est marqué par la violence, quand on est petit". C'est vrai. Quand j'étais petite moi-même, bien avant elle, on jetait les arabes à la Seine...peut-être un des éléments qui m'ont modelée pour combattre le racisme...Papoté avec une vieille amie, pour nous apercevoir que depuis quelques mois où nous ne nous étions pas vues, nous vivions des expériences parallèles...La vie a de l'humour. Bonne semaine à tous ceux qui me lisent.

Il savait dire non

05/10/2012 14:11 par francettedenbas

On me dit que je paresse, qu'il me faut rafraîchir mon blog? D'accord, voilà un texte écrit il y a quelques années à l'intention de mes très proches. Et finalement, je le mets à disposition de tous...les lecteurs de vip, ce truc où d'aucuns font des fixations sur les  concepts de frontière et de patrie.

 

Il savait dire non

 

Mon père s'appelait Gilbert. Il est né le 8 novembre 1913 et mort le 6 décembre 1969. Quand il était jeune, il avait envie de voyager, et le moment venu du service militaire il a choisi un engagement long, 7 ans, en Afrique du nord. Il était spahi en Syrie. Il y a appris que d'autres civilisations, dont restaient des ruines gigantesques, avaient précédé les nôtres. Il y a aimé d'autres cultures, en particulier celle des Touareg, que plus tard il aurait voulu rejoindre une fois ses enfants élevés, mais il est mort avant.

Quand son service allait se terminer, la guerre entre la France et l'Allemagne était déclarée. Il est donc resté et a fait la guerre avec son bataillon de spahis d'Afrique du Nord. Il n'y avait pas que des français, en Afrique du nord, mais aussi des anglais et des italiens. La guerre se faisait contre les italiens et le nazisme. Et puis un jour des ordres contraires sont venus de France: il ne s'agissait plus de se battre avec les anglais contre les italiens, mais avec les italiens contre les anglais! Mon père et quelques autres ne voulaient pas se battre pour Hitler dont ils ne partageaient pas les conceptiions. Alors ils sont partis (ils ont déserté), je crois qu'ils étaient sept dans son régiment. C'était avant l'appel de De Gaulle. Ils ont descendu l'Egypte à cheval pour remonter vers la Tunisie. Regardez une carte, c'est énorme. C'est un homme que j'ai eu la chance de connaître avant qu'il ne meure qui m'a expliqué ce périple. Lui-même s'était engagé dans la France Libre en Tunisie et avait eu mon père comme entraîneur.

Dès qu'ils l'ont pu, ces sept soldats ont rejoint l'armée anglaise et ont fait la guerre dans l'armée anglaise. Plus tard, ils seront intégrés dans la France Libre et la 2èDB. Papa a participé entre autres à El Alamein, à la bataille d'Erythrée. Il a été très gravement blessé lors de l'une de ces batailles et n'a pas fait le débarquement de Provence.

Les anglais, les français, les tunisiens, algériens, marocains, sénégalaisd et d'autres encore qui avaient rejoint la France Libre ont été transférés en Angleterre pour préparer le débarquement en Normandie et apprendre ce qu'il fallait pour cette bataille là. Il ne faut pas oublier cela: DES ETRANGERS, CEUX QUE MAINTENANT ON PARQUE DANS DES CAMPS,QUE L'ON EXPULSE EN CHARTER QUAND ON NE LES LAISSE PAS MOURIR EN BATEAU, SE SONT BATTUS A L'EPOQUE POUR UNE CERTAINE IDEE DE LA FRANCE;

Les soldats français avaient eux aussi une haute idée des français, qu'ils s'imaginaient se battant vaillamment contre le nazisme. Les anglais, sans doute plus lucides, leur ont proposé un choix avant le débarquement: ils pouvaient être naturalisés anglais, auquel cas ils suivraient l'armée anglaise et après la guerre, s'ils survivaient, reviendraient en Angleterre où on leur fournirait du travail. Mon père avait alors quitté la France depuis plus de dix ans, il avait envie de revoir sa famille, son pays. Il savait aussi qu'il y avait peu de chances de survivre, et il a préféré rester français. Plus tard, il s'en mordra les doigts.

Il n'est pas mort mais a vu beaucoup de ses soldats et de ses amis laisser là leur vie. Ensuite, il semble que la 2èDB soit restée quelque temps coincée en Normandie, pour des questions je crois de désaccords entre chefs; Ils ont été accueillis par des françaid civils, dont certains se sont vantés d'actes héroïques: par exemple tondre des femmes. Ils n'ont pas rencontré de vrais résistants, mais se sont aperçus que ceux qui les accueillaient (en leur demandant des dollars...) ne vivaient pas si mal, s'étaient "débrouillés" et comptaient bien continuer en changeant d'opinion. L'enthousiasme a un peu baissé. 

Et puis il y a eu la libération de Paris. Une anecdote, qui montre à quel point étaient déstructuréz ces soldats après ces années de guerre, de pertes, d'horreurs, pour arriver à ces mauvaises surprises de leur France. Papa, qui ne pouvait pas quitter son bataillon, a demandé à l'un de ses hommes d'aller prévenir ses parents qu'il était à Paris. Mon grand-père est aussitot parti à sa recherche et l'a trouvé assis sur un char, lisant un journal. Il l'a appelé, mon père est descendu a dit "bonjour papa" et est remonté lire son journal, jusqu'à ce qu'il réalise et redescende embrasser mon grand-père jusqu'à l'étouffer.

Après Paris, l'Alsace et l'Allemagne. Je crois qu'il a eu pas mal de différends avec ses supérieurs d'alors, nouveaux gradés opportunistes. Notamment pour la façon dont étaient traités les soldats africains qui se battaient pour la France depuis des années. Certains ne sont pas morts sous les balles comme ils l'avaient rêvé, mais sont simplement morts de froid pendant l"'hiver 44, sous un climat auquel ils n'étaient pas préparés. Mon père n'a pas supporté ça. C'est à ne pas oublier non plus.

Libéré en 46, dégoûté, il a refusé les planques qui lui étaient proporées. Sans formation autre que militaire, il est devenu vendeur puis s'est engagé dans les Eaux et Forêts (l'ONF). Il a refusé d'aller s'occuper des forêts nationales et des chasses réservées à la bourgeoisie régnante. Par l'une de ces vengeances mesquines que l'administration met en place contre les rebelles, il a été nommé au pays Basque, alors que ma mère et loi étions à Paris.

Il a refusé de porter tout uniforme, même celui des Eaux et forêts. Il ne s'était pas battu pour la France qu'il avait trouvée. Quand j'étais môme, je ne comprenais pas pourquoi il n'allait pas défiler à cheval dans sa cape de soie lors des commémorations. Un jour, agaçé, il m'a répondu qu'on n'avait pas gagné la guerrre. Je n'ai pas compris, on m'apprenait autre chose à l'école. Maintenant, je comprends pourquoi il pensait ça, surtout quand je vois nombre de mes contemporains attendre le bruit des bottes.

Pendant la guerre, il a reçu beaucoup de décorations: compagnon de la Libération, médaille militaire, croix de guerre, médaille du Levant, mérite syrien, presidential unit citation, médaille des services volontaires de la France Libre. Avec un compagnon de guerre qu'il avait retrouvé, ils s'amusaient à se servir de leurs médailles pour marquer dans les jardins les semis d'hariicots, petits pois et autres semailles. je les trouvais jolies, ces médailles, il m'en a donné une, la médaille militaire, que j'ai sans le savoir sauvegardée.

Beaucoup plus tard, il a reçu des papiers à remplir pour recevoir la légion d'honneur. Je me souviens encore de sa colère, ce jour là.

Quelques années après la guerre, il a appris qu'avec beaucoup d'autres militaires, il avait été condamné à mort par le gouvernement de Vichy pour désertion. CES CONDAMNATIONS A MORT N'ONT JAMAIS ETE ANNULEES! Encore quelque chose à ne pas oublier,  bien que l'on n'en parle jamais.

Il est mort à 56 ans, assez désespéré sur son pays.

Quand je vois flamboyer un gouvernement qui édicte des lois honteuses contre certains étrangers, qui parle de déchéance de nationalité, qui détruit des familles, qui détruit le programme du CNR, qui veut nous soumettre à une finance abstraite et destructrice pour l'humanité, j'aimerais que l'on puisse montrer qu'il y a encore un peuple résistant, que la guerre n'est pas tout à fait perdue, que nous pouvons relever la tête et avoir un peu de courage. Pour lui, pour les soldats qui ont pris ces risques, pour les vrais résistants, pour tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté, j'aimerais que l'on puisse dire: "Non, ce n'est pas cette France là que nous voulons."

PS octobre 12 : ce texte a été écrit sous le règne Sarkozy. J'ai hésité à laisser le dernier paragraphe.Je pense hélas qu'il est toujours d'actualité, même si l'horreur peut nous sembler plus douce.

 

 

 

Une route sans fin

04/10/2012 14:56 par francettedenbas

Que le jour fut long à venir, ce matin. L'éclairage des rues ne fonctionnait pas et j'ai dû chercher à tâtons la serrure de la porte pour fermer la maison, deviner les bords de la route pour trouver ma voiture, chercher encore une serrure pour l'ouvrir et bénéficier de l'éclairage intérieur. Ne suis-je donc plus capable de vivre de nuit quand la lune n'est pas là, ai-je vraiment besoin de serrures? La route était désagréable, du noir violenté par les phares, et il me fallut bien une demi-heure pour apercevoir enfin un peu de rose pivoine derrière une montagne. C'est à ce moment-là qu'une biche a traversé la route, aérienne. Elle a atterri dans le pré, s'est arrêtée et retournée pour me regarder. J'ai fait comme elle, nous avons échangé un contentement, vivantes toutes les deux, elle n'avait pas sorti son fusil pour décharger sa frustration.Plus loin, je trouverai trois cadavres de chats et un de sanglier, et me demanderai qu'est-ce qui pousse donc les humains civilisés à détruire ainsi la vie. Celle des chats, des sangliers, des biches , celle des roms, celle des nègres dans leurs bateaux, celle des plus pauvres que nous, des moins chanceux ou plus chanceux. Je ne sais pas si dans l'histoire de l'homme occidental il y eut périodes plus sauvages que celle que nous traversons. Que font donc nos trois dieux uniques?

Un peu plus tard...Excusez ces larmoiements que j'assume cependant, il est des jours comme ça où on n'en est pas, envie d'une épaule, etc...Envie de sauter de la voiture en gambadant, de rejoindre la biche qui m'attend et d'aller faire une virée ensemble...Même si dans la virée on croise un plouc grimé en kaki avec un phallus à cartouches.

gaulois

22/09/2012 15:11 par francettedenbas

A défaut d'inspiration, je m'en vais continuer à parler de mes fins de semaine. La dernière fut consacrée au fameux patrimoine, accompagnée par un ami, malgré lui mais de son plein gré. Dans un musée de l'automobile, surprise de trouver une voiture électrique, construite aux débuts du XXè siècle, pouvant aller à 105 km/h!....En un sièce, pas beaucoup de progrès sur les voitures électriques!

Dans un monastère, eu envie de me faire nonne pour profiter de ces beaux espaces. Les religions, d'antan comme de maintenant, quand elles prêchent l'austérité, savent ce qui est bon pour elles.

La visite que j'ai préférée fut un pot-pourri d'émotions opposées et de voyages dans le temps. Un ancien palais royal qui brûla, et fut quelques siècles plus tard transformé en prison. Si je ne suis arrivée à m'identifier à la noblesse, j'y ai partagé la joie de l'archéologue contemporain découvrant dans les fouilles de petites mains finement sculptées. Et la souffrance des résistants enfermés et torturés par la SS pedant la deuxième guerre. Et la révolte de jeunes gens emprisonnés dans les années 70, j'en ai connu certains. L'histoire passe et le même lieu de la splendeur à l'horreur, pour aller ailleurs ensuite. Rappel que rien n'est figé et que tout se transforme. Heureuse surprise de découvrir, précisément gravées dans des pans de cheminée, des fleurs de vie, ce petit trésor géométrique que l'on retrouve dans tous les temps et toutes les civiisations!

Voilà pour aujourd'hui, pour entretenir un peu mon blog. Pas envie de commenter l'invasion de la stupidité qui nous rappelle les temps de l'inquisition. Les va et vient de l'histoire parfois me déséspèrent!

11 septembre

11/09/2012 20:05 par francettedenbas

11 septembre 1973, ce jour là  les USA ont mis fin à la démocratie au Chili

Le retour

09/09/2012 12:43 par francettedenbas

Bonjour à tous, merci de ne pas m'avoir oubliée, de ce soutien virtuel et réel à la fois. Je lirai tous vos commentaires et j'irai aussi lire vos blogs, promis.

Pour commencer joliment mon retour à la vie sociale, le hasard merveilleux a fait que pour mon dernier week-end de paresse, un festival de cinéma indépendant ait lieu à quelques kilomètres de ma nouvelle résidence. Et voilà que tout ce que je comptais faire ce dernier week-end ne pourra se faire!

Vu trois longs documentaires, que je vous recommande si le coeur vous en dit et si vous pouvez les trouver.

" Sainte-Anne, hôpital psychiatrique". Un doc en réel, sans acteurs ni flouté, tourné en 2008 ( comment cela a-t-il pu se faire?) . Intéressant et consternant, pareil voire pire qu'il y a 50 ans, quand on se battait pour faire prendre en compte l'histoire de la personne, la psychanalyse, la psychothérapie institutionnelle, etc...Régression, quand tu nous tiens...

Ce matin, un excellant doc tourné par des grecs:"Catastroika" de Katerine Chatzistefanou. Très pédagogique, facile à suivre, il replace en une heure et demie la "crise" que subissent la Grèce mais aussi les autres pays dans le contexte mondial de la politique dite "néo-libérale", avec la privatisation de l'URSS, de la RDA, de la Grande-Bretagne, bien sûr des USA. Montre que dans tous les cas violence, destructions, pauvreté, privation de libertés et mort de la démocratie accompagnent toutes ces réformes "nécessaires", imposées par des banquiers qui ne sont pas élus.

A propos de la France, commentaire personnel sur le discours actuel des media, la baisse de popularité de François Hollande. Le PS s'est toujours placé dans ce système et n'est pas prêt de le renier. La "crise" n'est pas une crise" comme une crise d'urticaire qui finira bien par passer et ramener l'ordre dans le corps social. C'est une crise inhérente au système, qui a produit deux guerres mondiales, sans parler de toutes les guerres dont on ne parle pas. On ne peut en sortir je crois qu'en changeant radicalement nos modes de vie, ce dont la terre se chargera elle-même. Pour ma part, je ne suis pas déçue, car je n'attendais rien d'autre que de se débarrasser de Sarko, et arrêter de monter les citoyens les uns contre les autres.

Troisième doc, "Vivre autrement", reportage sur trois exemples de ceux qui ont choisi de quitter les normes de vie, sans pour autant se mettre à l'écart de la société: un couple qui laisse travail, appartement et télé, pour vivre en tente et en roulotte de ce que la nature nous offre. Un charpentier qui s'est construit une très belle maison en bois dans les arbres et monte un village de vacances dans la même philosophie. Une femme qui réalise son projet de hameau de yourtes.

 

Dans les trois cas, ces films incitent à réfléchir à ce que l'on est, à ce que l'on veut, et à se battre pour ça, d'une manière ou d'une autre. Ce sont des films de vie. Bonne rentrée...

girouette

29/06/2012 10:59 par francettedenbas

Des correspondant(e)s m'ont convaincue de ne pas fermerce blog, je le laisse donc, ouvert auxdiscussions. A bientot,

girouette

29/06/2012 10:58 par francettedenbas

Des correspondant(e)s m'ont convaincue de ne pas fermerce blog, je le laisse donc, ouvert auxdiscussions. A bientot,

Le temps de trop

22/06/2012 19:56 par francettedenbas

Suite de l article precedent sur le temps, avant d aller tuer le mien ailleurs - voir mes art du jour categories rodeur et humeur. Si je continue mes calculs, si dans toute notre vie nous consacrons au grand maximum 15pour cent de notre temps a un travail remunere et 30 pour cent a dormir, reste 55 pour cent, soir 80 pour cent de notre temps de veille, pour nous occuper de nous, rencontrer les autres, apprendre, nous consacrer a nos passions. Ou le perdre.

Bon vent

22/06/2012 19:02 par francettedenbas

Je ferme mon blog dans 8 jours. Si certains veulent me contacter, le fairz avant